Guide · Location & DPE

Location d'un logement classé F : ce que l'interdiction de 2028 change vraiment

L'essentiel en 30 secondes

Oui, vous pouvez encore louer un logement classé F — mais plus pour longtemps. À compter du 1er janvier 2028, en France métropolitaine, un logement classé F ne pourra plus faire l'objet d'un nouveau bail, d'un renouvellement ni d'une reconduction tacite : il sera juridiquement indécent (loi Climat et Résilience, art. 160 — vérifié le 7 juillet 2026 sur Légifrance). Votre locataire actuel ne sera pas mis dehors et il n'y a pas d'amende automatique ; mais le juge pourra ordonner des travaux et réduire ou suspendre le loyer. Et votre loyer est déjà gelé depuis août 2022. Voici la règle exacte, vos risques, vos options.

Le calendrier exact : G en 2025, F en 2028, E en 2034

La loi « Climat et Résilience » du 22 août 2021 (art. 160) a fait de la performance énergétique un critère de décence. Le calendrier en métropole :

Vérifié le 7 juillet 2026 (Légifrance ; ecologie.gouv.fr).
Classe DPELocation interditeStatut au 7 juillet 2026
Gdepuis le 1er janvier 2025En vigueur
Fà compter du 1er janvier 2028Calendrier confirmé
Eà compter du 1er janvier 2034Calendrier confirmé

Au 20 juillet 2026, aucune loi de report ou d'assouplissement n'a été promulguée : le calendrier est juridiquement intact. Le parc locatif privé comptait 1 147 000 logements classés F ou G au 1er janvier 2025, soit 13,8 % de ce parc. La simulation SDES du nouveau coefficient de conversion de l'électricité (2,3 → 1,9), appliquée à ce même parc au 1er janvier 2025, ramènerait ce nombre à environ 871 000 (10,5 %), soit −24 %. Aucune donnée observée après la réforme n'existe encore : la prochaine édition de l'enquête est attendue à l'automne 2026. Source : SDES/ONRE, « Le parc de logements par classe de performance énergétique au 1er janvier 2025 », publiée le 12 novembre 2025 — vérifié le 20 juillet 2026.

En outre-mer, un calendrier décalé

En Guadeloupe, Martinique, Guyane, à La Réunion et à Mayotte : location des G interdite au 1er janvier 2028, des F au 1er janvier 2031, aucune échéance pour la classe E. Gel des loyers et audit à la vente applicables depuis le 1er juillet 2024. Source : service-public.gouv.fr (A17975) — vérifié le 7 juillet 2026.

« Interdit à la location » : ce que cela signifie concrètement

Quels baux sont concernés

L'interdiction s'applique aux baux conclus, renouvelés ou tacitement reconduits à compter du 1er janvier 2028 :

Par le jeu des reconductions tacites, l'échéance rattrape aussi les baux existants : pour l'essentiel des baux (reconduction tous les 3 ans pour un bail vide, tous les ans pour un meublé), elle s'imposera dans les trois ans qui suivent le 1er janvier 2028 ; les baux de 6 ans des bailleurs personnes morales peuvent courir plus longtemps. Source : service-public.gouv.fr ; ANIL — vérifié le 7 juillet 2026.

Ce que vous risquez vraiment

Pas d'amende administrative automatique : la sanction est civile, à l'initiative du locataire (art. 20-1, loi du 6 juillet 1989 ; décret n° 2023-796) :

  1. il vous met en demeure par courrier recommandé ;
  2. il peut saisir la commission départementale de conciliation (facultatif) ;
  3. il peut saisir le juge des contentieux de la protection, qui peut ordonner l'exécution des travaux, réduire ou suspendre le loyer jusqu'à leur réalisation, et vous condamner à des dommages-intérêts.

Le locataire ne peut pas cesser de payer de lui-même ; en revanche, la CAF ou la MSA peut conserver son allocation logement jusqu'à 18 mois — autant de loyer que vous ne percevez plus.

Exceptions (depuis 2025) : si l'assemblée générale de copropriété a refusé les travaux communs malgré votre part faite en privatif, ou en cas de contraintes architecturales ou patrimoniales attestées, le juge ne peut pas ordonner les travaux — mais peut toujours réduire le loyer : le risque économique demeure. Source : ANIL ; Légifrance — vérifié le 7 juillet 2026.

Le gel des loyers : la sanction dans laquelle vous vivez déjà

La première contrainte n'attend pas 2028 : depuis le 24 août 2022, pour tout logement du parc privé classé F ou G (vide, meublé ou bail mobilité — meublés touristiques exclus), il est interdit :

Un loyer de 700 € reste donc à 700 €, même si les loyers du secteur montent, même en changeant de locataire. Ce gel est toujours en vigueur au 7 juillet 2026 (outre-mer : depuis le 1er juillet 2024). Un logement sorti de F après mise à jour de son étiquette (voir ci-dessous) n'y est plus soumis. Source : ecologie.gouv.fr — vérifié le 7 juillet 2026.

Avant toute décision : vérifiez que votre logement est encore classé F

C'est le réflexe n° 1, et il est gratuit. Depuis le 1er janvier 2026, le calcul du DPE a changé (arrêté du 13 août 2025) : le coefficient de conversion de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9. Selon la simulation SDES appliquée au parc au 1er janvier 2025, environ 700 000 résidences principales sortiraient des classes F et G, avec jusqu'à 2 classes de gain (aucune étiquette ne baisse). Source : SDES/ONRE, parc au 1er janvier 2025 (publication du 12 novembre 2025) — vérifié le 20 juillet 2026.

L'attestation ADEME est gratuite : faites-la vous-même avant toute décision. Si votre DPE a été réalisé sous le régime en vigueur depuis le 1er juillet 2021 et qu'il est toujours valide, l'ADEME délivre en ligne, sans nouvelle visite et sans frais, une attestation qui se substitue à l'étiquette initiale pour tenir compte du nouveau coefficient : observatoire-dpe-audit.ademe.fr. Le classement ne peut que s'améliorer ou rester identique, et l'attestation expire avec le DPE. Si votre bien sort de F : plus d'interdiction en 2028 (l'échéance devient 2034 s'il passe E), plus de gel des loyers. Source : arrêté du 13 août 2025 (JORFTEXT000052134589) ; service-public.gouv.fr, fiche A18446 — vérifié le 20 juillet 2026.

À savoir aussi : les DPE d'avant le 1er juillet 2021 sont tous expirés, et les logements de 40 m² ou moins (DPE 2021-2024) peuvent obtenir gratuitement une attestation de nouvelle étiquette. Pour vérifier vos échéances en une minute : notre simulateur gratuit, sans email.

L'incertitude politique : le PJL « Relance Logement », présenté honnêtement

Un projet de loi pourrait changer la donne — il serait malhonnête de vous le cacher, comme de vous le vendre. Le PJL « Relance Logement » (n° 801, adopté en première lecture par le Sénat le 8 juillet 2026 et transmis à l'Assemblée nationale) autoriserait le maintien ou la remise en location d'un F ou G si le bailleur signe avant le 1er janvier 2030 un contrat de travaux permettant d'atteindre le niveau de performance exigé — avec un sursis de 3 ans (maison individuelle) ou 5 ans (copropriété) à compter de la signature. Environ 700 000 logements seraient concernés.

Trois raisons de ne pas bâtir votre stratégie dessus :

Traitez ce texte comme un scénario à surveiller, pas comme un plan. Source : Sénat, dossier législatif PJL n° 801 — vérifié le 15 juillet 2026.

Vos trois options avant le 1er janvier 2028

Option 1 — Rénover pour sortir de F

Le scénario de référence est la rénovation d'ampleur MaPrimeRénov' : au moins 2 gestes d'isolation et un gain d'au moins 2 classes, constaté par un audit énergétique avant/après — c'est une condition d'obtention de l'aide, pas un résultat garanti : de quoi viser la classe D depuis F, si l'audit le confirme. L'aide couvre 80 % (ménages très modestes), 60 % (modestes), 45 % (intermédiaires) ou 10 % (supérieurs) d'un montant de travaux plafonné à 30 000 € HT (gain de 2 classes) ou 40 000 € HT (3 classes et plus). Exemple tiré du barème : un ménage intermédiaire (« violet ») engageant 30 000 € HT de travaux éligibles peut percevoir jusqu'à 13 500 €. Source : Anah, « MaPrimeRénov' mode d'emploi », mars 2026 — vérifié le 7 juillet 2026.

Côté budget total, aucun chiffre officiel n'existe pour un saut de 2 classes : les fourchettes de marché vont de 20 000 à 60 000 € selon surface et état (~300 à 450 €/m² pour une maison ancienne), à confirmer par des devis. S'y ajoutent des dispositifs cumulables : éco-PTZ jusqu'à 50 000 € (prolongé jusqu'à fin 2027), TVA à 5,5 %, et déficit foncier doublé à 21 400 €/an pour les dépenses payées jusqu'à fin 2027 (location nue au régime réel, sortie vers A-D exigée).

Vigilance bailleur : aide limitée à 3 logements et 20 000 € par logement sur 5 ans, engagement de louer 6 ans (remboursement d'1/6 par année non louée), SCI exclues de MaPrimeRénov'. Trois fenêtres se referment : un recentrage du parcours par geste est annoncé pour septembre 2026 (une annonce, pas un acquis — textes non publiés au 7 juillet 2026), les maisons F/G perdent l'accès à ce parcours au 1er janvier 2027, et le guichet a déjà été suspendu deux fois (été 2025, janvier-février 2026) — déposez tôt.

Option 2 — Vendre, en connaissant la décote

D'après l'étude « valeur verte » des Notaires de France (transactions 2024), une maison classée F s'est vendue en moyenne 18 % de moins qu'une maison D équivalente (25 % pour une G). Les variations régionales sont fortes : la fourchette d'environ 15 à 25 % selon la tension du marché vaut pour une maison G ; pour une F, elles s'observent autour de sa moyenne de −18 %. Pour les appartements, l'impact est environ deux fois plus faible. Sur une maison valant 250 000 € en classe D, l'écart moyen 2024 représente environ 45 000 € — une moyenne statistique, pas une estimation de votre bien. Et l'écart se creuse chaque année depuis 2021. À budgéter : la vente d'une maison classée F impose un audit énergétique réglementaire (monopropriété, depuis avril 2023, valable 5 ans), facturé environ 700 à 1 500 €. Source : Notaires de France ; service-public.gouv.fr (F37110) — vérifié le 7 juillet 2026.

Vous êtes bailleur d'un appartement F ou G en copropriété ? Vous êtes dans le cas le plus fréquent — 445 000 appartements du parc locatif privé en copropriété étaient classés F ou G au 1er janvier 2025, soit 11 % de ce parc — et dans le plus mal outillé : un appartement vendu seul est exempté d'audit énergétique réglementaire, personne ne vous remet donc de document chiffré avant de décider. Source : SDES/ONRE, parc au 1er janvier 2025, encadré 3 ; service-public.gouv.fr (F37110) — vérifié le 20 juillet 2026.

Option 3 — Attendre (en connaissance de cause)

Attendre a un coût certain : un loyer gelé qui perd du terrain sur l'inflation, une décote qui s'aggrave, et, au 1er janvier 2028, un logement inlouable dès la première reconduction de bail. Le seul scénario où l'attente paie — l'adoption du PJL — exigerait de toute façon un engagement de travaux. Attendre est un choix par défaut, pas une stratégie. Pour arbitrer avec une méthode chiffrée (coût net après aides, loyer débloqué, décote évitée), lisez notre guide : rénover, vendre ou attendre votre passoire thermique.

Et pour votre bien, précisément ?

Cet article donne la règle générale et des moyennes. L'arbitrage Cap sur D est un document d'aide à la décision patrimoniale et financière portant sur votre bien : il répond à une seule question — faut-il rénover, vendre, ou attendre ? — en chiffrant les trois branches en fourchettes pour votre logement (échéances de bail, loyer gelé, décote à la revente, coût net après aides). Sa conclusion peut parfaitement être « ne rénovez pas, vendez ». 149 €, avec 12 mois de veille inclus : mise à jour offerte si une échéance, un régime dérogatoire ou un barème change.

Il n'y a pas de paiement en ligne : vous décrivez votre situation, nous vous rappelons pour vérifier que l'arbitrage a du sens pour vous, et vous recevez ensuite un lien de paiement — demander un arbitrage. Avant cela : lisez un rapport-témoin complet pour juger sur pièces, testez vos échéances gratuitement, et utilisez les ressources publiques gratuites — le rendez-vous conseiller France Rénov' et le simulateur d'aides Mes Aides Réno (ANAH, anonyme et gratuit).

Questions fréquentes

Mon locataire est en place : devra-t-il partir au 1er janvier 2028 ?

Non. Un bail signé avant le 1er janvier 2028 n'est pas résilié : le locataire reste dans les lieux. Mais l'obligation de décence s'imposera dès le premier renouvellement ou la première reconduction tacite après cette date (tous les 3 ans en location vide, tous les ans en meublé). Source : service-public.gouv.fr ; ANIL — vérifié le 7 juillet 2026.

Quels sont les risques si je continue à louer mon F après 2028 ?

Pas d'amende automatique : la sanction est civile. Après mise en demeure, le locataire peut saisir le juge, qui peut ordonner les travaux, réduire ou suspendre le loyer et accorder des dommages-intérêts. La CAF peut aussi conserver l'allocation logement jusqu'à 18 mois. Source : art. 20-1 loi du 6 juillet 1989 ; décret n° 2023-796 — vérifié le 7 juillet 2026.

Mon logement est chauffé à l'électricité : est-il encore vraiment classé F ?

À vérifier en priorité. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient électricité du DPE est passé de 2,3 à 1,9 : selon la simulation SDES appliquée au parc au 1er janvier 2025, environ 700 000 résidences principales sortiraient des classes F et G, avec jusqu'à 2 classes de gain sans travaux. Si votre DPE a été réalisé sous le régime en vigueur depuis le 1er juillet 2021 et reste valide, l'ADEME délivre gratuitement en ligne, sans nouvelle visite, une attestation qui se substitue à l'étiquette initiale : observatoire-dpe-audit.ademe.fr. Sources : arrêté du 13 août 2025 ; service-public.gouv.fr (A18446) ; SDES/ONRE, parc au 1er janvier 2025 — vérifié le 20 juillet 2026.

La loi peut-elle repousser ou assouplir l'interdiction ?

C'est possible, pas acquis. Le PJL « Relance Logement », adopté en première lecture par le Sénat le 8 juillet 2026, permettrait de louer un F ou G contre un contrat de travaux signé avant le 1er janvier 2030 (sursis de 3 ans en maison, 5 ans en copropriété). Il n'est pas définitivement voté : l'Assemblée nationale l'examine à la rentrée 2026 ; en 2025, un texte similaire avait été rejeté par l'Assemblée et un autre était resté bloqué en commission. Même adopté, le gel des loyers et la décote resteraient. Source : Sénat, PJL n° 801 — vérifié le 15 juillet 2026.

Quel est le calendrier en outre-mer ?

En Guadeloupe, Martinique, Guyane, à La Réunion et à Mayotte : G interdits à la location au 1er janvier 2028, F au 1er janvier 2031, aucune échéance pour la classe E. Le gel des loyers F/G s'y applique depuis le 1er juillet 2024. Source : service-public.gouv.fr (A17975) — vérifié le 7 juillet 2026.

Sources officielles

Données vérifiées le 7 juillet 2026 : loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, art. 159-160 (Légifrance) · service-public.gouv.fr (A17975, F37110) · ANIL et décret n° 2023-796 · ecologie.gouv.fr (gel des loyers ; réforme du DPE 2026, arrêté du 13 août 2025) · Sénat (dossier PJL n° 801) · Anah (« MaPrimeRénov' mode d'emploi », mars 2026) · SDES/ONRE (parc au 1er janvier 2025) · Notaires de France (étude « valeur verte », transactions 2024).

La réglementation évolue — pour confirmer votre situation : France Rénov' (france-renov.gouv.fr), conseil public gratuit et neutre.